Japon : entrer dans le jardin

 

Nous sommes absolument seuls, debout au pied du Bouddha, dans la pénombre du Temple. Nous sommes venus à pied, depuis le Nanzen-Ji, le long du Sentier des Philosophes.

Les trois bonzes, en longue robe brune, ont commencé par tourner en chantant et en dansant, devant  la statue.

Ils se sont ensuite immobilisés.

 

De son maillet étouffé d’étoupe, l’un martèle un lourd tambour. L’autre percute un gong. Le troisième psalmodie une sorte de mélopée monotone.

Nous ne savons rien, la Radieuse et moi, de la liturgie. Nous ne possédons aucune clé, ni musicale, ni religieuse.

Nous sommes, l’un et l’autre, comme fascinés.

Hypnotisés.

Transportés dans un ailleurs où vacillent toutes nos certitudes (je préférerais, pour moi, parler d’incertitudes).

 

Ils sont repartis. Nous les avons vus s’éloigner.

Nous avons, pour la première fois, regardé le Bouddha. Les yeux clos, un demi sourire – d’extase ou de sérénité -, il tourne le visage vers son épaule, on dirait qu’il a, pour l’éternité, pris conscience de notre éphémère présence.

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Le Temple d’Eikan dô, à la périphérie orientale de Kyoto, aurait été construit en 875. La statue en bois du Bouddha Mikaeri Amida aurait été sculptée à la fin du XIIème siècle.

 

Dix ans plus tard, sur l’île de Teshima, dans la Mer intérieure.

On ne voit d’abord presque rien.

Un léger mamelon blanc qui se fond dans le vert de la colline.

On approche. On distingue peu à peu une coquille immaculée, comme un œuf posé, ou plutôt immergé dans la forêt.

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Il faut patienter. Des gardiennes en tunique de lin blanc ne laissent entrer que des groupes minuscules.

On enlève ses chaussures, comme à l’entrée d’un temple.

Les gardiennes vous tendent un bristol blanc qui vous recommande le silence.

Vous entrez enfin.

Non, pas « enfin » ! Au Japon s’oublie l’impatience.

Vous découvrez une immense cathédrale du vide absolu.

Pas un siège. Pas un objet. Pas une lampe.

Des hommes et des femmes sont assis, çà et là, sur le sol blanc.

Les Japonais à leur façon, sur leurs talons, ou en lotus. Nous autres, pauvres hilotes d’Europe ou d’ailleurs, sur nos fesses ou nos genoux.

Tous regardent.

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Que regardent-ils ?

Rien que le sol blanc.

Attendons quelques instants. Accommodons notre regard.

Bientôt nous découvrirons des gouttes d’eau, minuscules, qui glissent capricieusement sur le béton.

Quelques unes, au trajet incertain, en ligne, en boucle, finissent en flaque.

Il n’y a rien d’autre à voir.

 

Au dessus de nous, autour de nous, nous enveloppant de son ellipse parfaite, la voûte – au travers de deux oculus – s’ouvre d’un côté sur la forêt, de l’autre sur la mer.

Ce n’est pas un toit, c’est une membrane.

Comme la cloison de papier, le shoji, qui lie les pièces entre elles dans la maison traditionnelle.

Rien, sinon, cette feuille de béton, aussi fine qu’un parchemin, ne nous sépare du ciel.

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L’architecte Ryuwe Nishizawa a conçu et réalisé cette étrange structure entre 2004 et 2010. La plasticienne Rei Naito a imaginé le jeu des gouttes d’eau qui suintent des profondeurs de la terre.

 

Entre la sonate pour sutra, gong et tambour d’Eikan dô et le silence de Teshima, entre la fascination de la présence et la sidération de l’absence, je ressens comme un lien secret.

Sans doute le fil invisible qui m’attache depuis quatorze ans au Japon, qui m’y a attiré déjà quatre fois, qui ne se rompra sans doute jamais.

Même si l’âge, ou tel obstacle qu’il vaut mieux ne pas nommer, nous en interdisait désormais la jouissance.

 

 

Le Japon n’aime pas les tautologies. Les fausses évidences.

Une plante n’est pas une plante.

C’est un dieu. C’est un autel.

 

Shinto n’est pas mort.

Cette religion des anciens âges que le régime militaire des années de guerre avait imposée comme officielle (le bouddhisme exhalait sans doute trop de parfums venus de Chine …) fait de chaque arbre, de chaque brin d’herbe, un kami, un dieu vivant.

L’on naît et l’on meurt bouddhiste (au point d’adopter un nouveau nom, gravé sur une planchette de bois, au moment d’aborder – en cendres – les nouveaux rivages). On se marie souvent shinto : ah ! les tiares rose Tiepolo des prêtres, les tuniques si pesamment amidonnées des époux, qui les font ressembler à de divins automates, l’infini ralentissement des gestes, des mouvements, comme dans une mise en scène de Bob Wilson ! …

Il faut voir avec quelle dévotion des jardiniers toujours vêtus de blanc, comme entrés dans les ordres, soignent les arbres, ou les herbes, ou les mousses.

Juchés dans les branches d’un pin, au cœur du Sentô Gosho, le parc du Palais impérial de Kyoto, quatre desservants en épluchent, une à une, les aiguilles : il s’agit de doser très précisément, je veux dire très poétiquement, la lumière qui filtre à travers le branchage.

Comme à la Villa Katsura – elle aussi résidence de l’Empereur – où un pin a été planté à l’exact endroit où, sans cacher vraiment l’étang, il retarde l’instant où l’on découvrira le reflet de la lune …

Jardiniers à l'ouvrage

Accroupi au bord d’une source, avec une pince – comme les femmes en utilisent pour leurs sourcils –, un homme épile, pointe par pointe, le tapis de mousse, afin de mettre au point – sur fond de terre ou de roche – le subtil mélange de toutes les nuances du vert.

 

Les jardins japonais sont devenus aujourd’hui si célèbres qu’une foule immense, amenée par des dizaines d’autocars, en envahit, chaque matin les abords.

Il faut donc renoncer souvent aux plus légendaires : le Kinkaku ji (Pavillon d’Or) ou le Ginkaku ji (Pavillon d’argent) attirent autant de curieux que la Tour Eiffel.

 

Le jardin japonais est un chemin de méditation. C’est une prière.

Rares sont à Paris les fidèles qui réussiraient à se concentrer entre les frottis et les asphyxies, les jacasseries et les polissonneries du métro à six heures du soir.

Nous avons appris, au fil des années, à choisir nos sanctuaires.

 

Le Ryoan ji est sans doute trop austère pour appâter les multitudes. A deux pas des ors et des reflets si séduisants du Kinkaku ji, il se refuse à toute aguicherie : ni eaux dormantes ou ruisselantes, ni fleurs, ni mousses, ni ramures, rien que du sable et des pierres.

On s’assied sur la véranda qui domine l’énigmatique combinaison de roches : quinze pierres, mais – quel que soit notre point d’attache – impossible d’en voir plus de quatorze. On rêve, on s’égare : trois groupes de cinq, sept et trois … Verlaine devient ici maître du zen.

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De la musique avant toute chose

Et pour cela préfère l’impair

Plus vague et plus soluble dans l’air

Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

 

« Aux yeux du moine zen, le roc symbolise l’ossature de l’univers, tandis que le sable suggère l’impermanence du monde (…) Le jardin apparaît ainsi comme une arène où s’affrontent et se confondent à la fois l’immuable et l’éphémère. »

D’autres, plus retors (ou meilleurs connaisseurs du Japon ?), suggèrent « que la seule signification du Ryoan ji est de ne pas en avoir (…) Comprendre qu’il s’agit d’une mystification reviendrait alors à faire un pas sur la voie de l’Eveil[1]. »

 

Nous avons tous nos faiblesses. Après tant d’algèbre de l’extase (ou de l’absurde), peut-être un peu de vert, un peu de chair apaiserait-il nos attentes.

Poursuivons quelque peu sur la même route. Arrêtons-nous un instant à l’embranchement sur la gauche.

Une tasse de matcha nous attend au délicieux salon de thé Omuto Savona, petite merveille de design égarée ici, où d’année en année nous n’avons jamais rencontré que la patronne.

 

C’est elle qui nous griffonne notre chemin sur un bout de nappe en papier (je l’ai gardé).

Le Taizo in n’intéresse personne. Le poète libanais Salah Stétié, qui a publié le plus bel album de textes et de photos sur Kyoto (Kyoto, Imprimerie nationale, 2005), ne le mentionne même pas dans la liste des temples. Le guide de Lonely Planet ne lui consacre que sept lignes (tout en le qualifiant de well worth a visit !…)

J‘y vois pourtant l’un de mes préférés.

Peut-être déplait-il parce qu’il rassemble en un seul parcours toutes les figures : jardin sec, cascades, étang, îles, pavillon de thé … Il réconcilie les contraires. Il réunit le dissemblable.

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Il trompe son monde. Il donne l’illusion de la nature.

Ici plus encore qu’ailleurs, on croit admirer un paysage. On oublie que tout est fiction, composition, art d’aménager le réel.

 

Les jardins sont parsemés de petits signes.

Une pierre posée au milieu du chemin, encerclée à demi d’une double ficelle, cela signifie simplement « entrée interdite ». Pas un mot de plus. Rien n’est dit. Personne ne songerait à passer outre.

Sur un rocher évidé, où ruisselle une source, juste un gobelet de bois blanc au bout d’une tige, avec deux baguettes de bambou, juste là pour le plaisir, le charme, la méditation fugace : se purifier le visage et les mains avant d’approcher les dieux …

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Cinq formes géométriques superposées : un cube, une sphère, un polyèdre, une boule, un chapeau de pierre … Le Ciel supporte le Vent, le Feu, l’Eau et la Terre. Voilà la composition du cosmos, le monde à l’envers …

 

この秋は
何で年よる
雲に鳥
cet automne-ci
pourquoi donc dois-je vieillir ?
oiseau dans les nuages

 

Bashô, tout justement, ce poète des haiku – la forme brève tant aimée de Claudel – voici qu’il nous rejoint par delà les siècles.

Nous sommes, à l’Ouest de Kyoto, à Rakushisha – littéralement la maison du kaki qui tombe – l’ensemble de deux huttes en argile que se construisit Mukaï Kyorai, le plus aimé de ses dix disciples, pour écrire son œuvre. Il y a encore sa bibliothèque avec ses livres, sa cuisine avec son évier, et même un chat errant qui a sûrement quelque parenté avec son compagnon préféré.

Une tablette nous rappelle que le 5 mai 1691 Bashô est venu, pour la dernière fois, lui rendre visite.

Un petit coup d’œil au calendrier : 5 mai 2013. A trois cent vingt-deux années près, nous n’avons pas manqué le rendez-vous.

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Et si le secret de ce charme qui me captive tant au Japon, c’était avant tout celui de ce peuple, de ces hommes (et surtout de ces femmes …) dont je ne connais pas la langue, qui ignorent à peu près tous la mienne (et qui balbutient parfois quelques mots d’anglais, mais le langage des signes est bien souvent plus facile à comprendre …) ?

 

Premier soir passé sur cette terre inconnue, il y quatorze ans : nous avons atterri à Osaka, nous dînons dans un restaurant de Dotonbori,  le plus dépaysant des quartiers de plaisir, avec sa folie de vidéos géantes, de publicités lumineuses où Superman, Batman, Godzilla nous agressent sur tous les murs de leurs silhouettes éblouissantes.

Nous ne savons pas comment rentrer à notre hôtel. « Le métro », suggère la patronne. Oui, mais comment s’y repérer ? Aucun problème : elle délègue auprès de nous un de ses serveurs qui nous accompagne jusqu’à la station, achète les billets, nous installe dans la bonne rame. Une bonne demi heure perdue pour le service.

Pourboire ? « No tip in Japan ! »

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Nous sommes, quelques années plus tard à Kamakura, une vieille capitale impériale au sud de Tokyo, particulièrement émouvante parce que c’est la ville où Kawabata a choisi, le 16 avril 1972, de se donner la mort (deux ans tout juste après que son très proche ami Mishima lui en avait donné l’exemple), mais aussi où Naomi, la très jeune héroïne d’Un Amour insenséle plus « dérangeant » (et peut-être le plus beau) roman de Tanizaki – mène sa seconde vie, avec ses amants, à l’insu de son très amoureux mari[2].

Nous avons réservé deux places dans le train de retour à Tokyo. Nous sommes en retard. En Français mal élevés et indisciplinés que nous sommes, nous réussissons à pénétrer quasiment de force dans le wagon, alors que les portes automatiques se sont déjà presque refermées.

Alors que nous avons parfaitement conscience de violer toutes les règles de la bienséance japonaise, nous essayons de faire comprendre aux autres passagers que nous ne sommes pas du tout sûrs d’avoir pris le bon train. A notre grande surprise, tout le wagon se prend au jeu. Chacun nous montre, sur son téléphone, le site internet où s’affichent les itinéraires. Mieux encore : on nous conseille de ne pas descendre à la gare centrale, mais à l’arrêt précédent. Le tout avec tout au plus quatre mots d’anglais … et d’immenses courbettes.

 

Une autre année, nous débarquons du shinkansen qui nous a menés de Kyoto à Kanazawa, au nord d’Honshû, la plus grande des îles. J’ai réservé par internet une chambre dans un ryokan – un hôtel traditionnel – qui, sur les photos, parait tout à fait sympathique. Le taxi traverse la ville, puis d’interminables faubourgs, des campagnes montagneuses, cela prend près d’une heure.

Nous arrivons dans une auberge perdue, à des kilomètres de tout village. Il n’est que trop clair que j’ai fait un mauvais choix.

Comment nous dégager de cet imbroglio ? Les deux aubergistes ne comprennent pas un seul mot de ce que je tente de leur expliquer.

La femme qui conduisait le taxi n’a pas, elle non plus, la moindre connaissance de l’anglais. Mais elle a tout compris.

En liaison étroite avec la Radieuse, qui prend la direction des opérations, elle appelle le centre de traduction téléphonique (eh oui ! au Japon, cela existe !). Grâce à la traductrice, nous réussissons à transiger avec l’aubergiste et même à trouver un excellent hôtel en plein centre de la ville.

La chauffeuse de taxi (est-ce ainsi qu’il faut dire ?), par son intelligence et sa gentillesse (elle a même arrêté son compteur pendant tout le temps des discussions), nous a tirés d’un mauvais pas.

Nous en sommes tellement émerveillés que nous l’embrassons sur les deux joues, ce qui – bien sûr – est contraire à toutes les règles.

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Comment, fût-ce pour une saison, se passer d’un tel pays ?

A Paris, cet hiver, nous traquons la moindre efflorescence japonaise. Le kabuki revient-il à Chaillot, après quatorze ans d’absence : nous nous y délectons de l’art subtil de Nakamura Shidô II et de Shichinosuke II, admirant plus que tout l’ambigüe performance de l’onnagata (l’acteur travesti en irrésistible coquette).

Le Petit Palais, pour la première fois en Occident, expose-t-il Ito Jakuchu, le peintre sur soie du XVIIIème siècle (dont l’œuvre appartient aux collections privée de l’Empereur) ? nous nous y ravissons de ses transparences, de ses fulgurants éclats de couleur.

La Fondation Custodia, à deux pas du Palais Bourbon, nous révèle-t-elle la « vague de renouveau » qui rajeunit aujourd’hui l’art traditionnel de l’estampe ? Nous nous y réjouissons des nouveaux visages de la beauté féminine dans l’archipel, à laquelle – l’avouerai-je ? – j‘ai depuis toujours été si sensible [3]?

A bientôt Guimet ! A demain Cernuschi ! Préparons-nous encore à d’autres plaisirs !

 

« Elles sont d’avant le temps des hommes, bien avant celui des arbres et des fleurs. »

Le français n’a que peu de mots pour les désigner. Il « n’en connait guère que trois – le dicrane en balai, l’éteignoir et la frullaine », – je confesse qu’ils me sont tout trois inconnus.

Le japonais ruisselle de leurs mille noms merveilleux : « pinceau du Yamato », mousse-cyprès, « givre qui se dépose », mousse-lanterne, mousse d’argent, « grande ombrelle », mousse-phénix … La Louange des mousses (Véronique Brindeau, éditions Philippe Picquier, 2012) en remplit des pages.

Il y a donc un Temple des mousses, le Saihô ji, à Arashiyama, le Far West de Kyoto.

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Le secret ne se livre pas au premier venu. Pas question de débarquer à l’improviste et de se croire autorisé à acheter son billet.

Il faut – un bon mois à l’avance – envoyer par la poste (avec un timbre international pour la réponse) une demande en japonais (on trouve le modèle sur internet), en proposant deux options de date et d’heure.

Nous voici donc devant la porte. N’arrivons surtout pas en retard ! Aucune indulgence pour les paresseux ou les nonchalants ! Nous nous sommes engagés par écrit à suivre, pour une petite heure, un enseignement bouddhiste.

Même cérémonial qu’à Eikan dô : trois bonzes, un tambour, un gong.

On nous installe chacun devant un pupitre où nous attendent une feuille transparente couverte de kanji – les idéogrammes japonais – , un pinceau de calligraphe et un pot d’encre.

Il faut, avec le pinceau, reproduire fidèlement les courbes, les boucles, les déliés, les effilements du modèle.

J‘ai les doigts couverts d’encre. Il me revient le souvenir des leçons d’écriture à la plume sergent-major, il y a plus de quatre-vingts ans, au milieu des petites filles catholiques, à l’Institut Dupont-des-Loges, rue Amelot.

Tout à coup je vois celui des prêtres qui disait les sutra s’approcher de moi et me faire signe de le suivre, avec mon devoir maculé de pâtés.

A sa demande, je dépose le papier sur l’autel, je m’agenouille sur la pierre.

Les autres, tous les autres – y compris la Radieuse – me regardent sans comprendre.

Le bonze reprend ses psalmodies.

Je comprends que je peux maintenant me lever.

« Now you can enter the Garden » »

 

Je suis entré dans le jardin.

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] François Berthier, La Mystérieuse beauté des jardins japonais, Arléa, 2015

[2] Yunichirô Tanizaki, Œuvres, tome II, Gallimard, La Pléïade, 1998

[3] The female image, 20th century prints of Japanese beauties, ABE publishing Ltd, Tokyo, 2000